Histoires et interviews

Manon de Café Quilate, « La passion à 200% »

Lancé en novembre dernier, Café Quilate est un projet de couple dont la promesse est d’ouvrir une voie vers le café du Honduras. Le Coffee Lounge a rencontré Manon Carré, co-fondatrice, qui revient en détails et avec enthousiasme sur cette aventure qui se résume ainsi : « De la plante à ta maison ».

Le Coffee Lounge : Comment présenter Café Quilate ?

Manon Carré (Café Quilate) : Il s’agit d’un projet d’un couple franco-hondurien : Carlos et moi-même. Nous nous sommes connus il y a quelques années alors que nous travaillions dans l’univers de l’hôtellerie de luxe. A ce moment, nous n’avions qu’une idée superficielle du café.

Puis, il y a eu l’envie de faire autre chose de notre vie, en faisant beaucoup de voyages.

Nous avions un œil sur une ferme de café dont Carlos et ses frères ont hérité. Nous n’y connaissions vraiment rien.

Le déclic est venu quand Lia, la maman de Carlos qui s’occupe de la ferme, a passé des vacances en France. Elle a passé du temps avec ma maman maraîchère. Elle a découvert une agriculture tournée vers la permaculture et la biodynamie. Conquise, elle s’y est mise aussi dès son retour au Honduras.

 

Le Coffee Lounge : Vous souhaitez créer une filière café du Honduras. Comment imaginez-vous cela ?

Manon Carré : Le concept se résume ainsi : De la plante à ta maison ! On souhaite maîtriser l’ensemble de la chaine d’approvisionnement en ayant le moins d’intermédiaires possible. Car de tous les acteurs de cette chaîne, ce sont les producteurs qui touchent le moins. Et on s’en est vite aperçu lorsqu’il a fallu faire appel à la coopérative locale pour traiter notre première production. Conclusion : le service est vraiment très coûteux.

Si bien que nous avons pris conscience de la nécessité de mettre en place un modèle qui nous permet de maîtriser l’ensemble de A à Z.

Nous avons mis toutes les chances de notre côté, avec des formations en café vert, barista ou encore torréfaction. En passant notamment par The Beans on Fire, là où nous avons appris à torréfier et créer nos propres courbes. Cette approche nous permet de savoir exactement ce que l’on vend. Et aussi de raconter une belle histoire. Pas uniquement celle de la ferme de Carlos, mais aussi d’autres plantations avec lesquelles nous travaillons en Café de Spécialité.

 

Le Coffee Lounge : Peu connue, la filière du café du Honduras mérite un éclairage plus fort. Que pouvez-vous en dire ?

Manon Carré : Côté Café de Spécialité, cela bouge beaucoup, à la faveur de jeunes professionnels qui s’intéressent au café, après une période d’exode rural. Les fermes de café suscitent un intérêt nouveau de la part de ces populations animées d’un état d’esprit, désormais orienté vers des méthodes agricoles vertueuses et une valorisation du travail des producteurs de café.

Ensemble, par émulation, cette nouvelle génération a pris conscience du potentiel du Café de Spécialité qui est influencée par la proximité des Etats-Unis, mais pas uniquement. En effet, les informations sur le café et ses évolutions circulent beaucoup y compris les réseaux sociaux. On voit donc de plus en plus de jeunes Honduriens revenir au café, c’est le cas d’Olga Alvarado qui est devenue productrice à Opalaca – Las Brisas de San Juanillo.

 

Le Coffee Lounge : Vous avez évoqué la ferme dont Carlos a hérité. Pouvez-vous nous la décrire ?

Manon carré : On est à Libertad, un petit village de la région de Comayagua au cœur d’une flore et d’une faune foisonnantes. La ferme de Carlos, que Lia sa maman pilote, se trouve à 1 300 mètres d’altitude. Ce n’est pas si haut que cela. Il s’agit d’une petite parcelle de 3,9 hectares que le grand-père de Carlos a cultivé pendant 70 ans. On était chez Don Pablo ! Depuis que sa maman l’a reprise, on est entré dans le Café de Spécialité, avec l’introduction de la permaculture et une évolution vers la biodynamie.

 

Le Coffee Longe : Et quelles variétés y cultive-t-on ?

Manon Carré : Plusieurs types. Mais globalement, Café Quilate travaille avec d’autres petites fermes. Ce qui nous permet de proposer une gamme de 6 variétés : Catuai, Typica, Bourbon Rouge et 3 autres endémiques du Honduras : Ihcafé, Parainema et Lempira. Petite anecdote : cette dernière porte le même nom que la monnaie hondurienne.

 

Le Coffee Lounge : Quelles ambitions nourrit l’équipe de Café Quilate en France ?

Manon Carré : Nous souhaitons toucher le grand public en passant notamment par la gastronomie. De là où nous venons et avec laquelle nous avons gardé quelques contacts. Notre travail, c’est aussi raconter une histoire authentique, tout en faisant goûter nos cafés. Si bien que nous sommes guidés par une ligne de conduite : être nous-mêmes, en phase avec nos valeurs de départ. Avec sincérité et humilité.

 

Le Coffee Lounge : Faites-nous voyager au Honduras… Quelles images et sons vous reviennent ?

Manon Carré : Je pense au bleu intense du ciel et de la mer. Mais c’est aussi beaucoup de vert, celui d’un environnement végétal fourni au milieu duquel la faune est diverse. D’ailleurs, je retiens les sons : les chants des oiseaux, les cris de singes… énormément d’échos provoqués par la caisse de résonance de la forêt. Bien sûr, les gens qui parlent fort…

Ce sont aussi les odeurs de nourriture, du café… même si le meilleur part à l’exportation. Peu importe celui qui est consommé ici est meilleur au fil du temps. Au fond c’est encore un pays préservé, il n’y a qu’à admirer la barrière de corail qui entoure les côtes honduriennes des Caraïbes.

 

 

 

Café Quilate en bref

Créé en 2021 par Manon Carré et Carlos Murillo, Café Quilate prend pour symbole le carat (traduction littérale de Quilate).

Cette entreprise promet de bâtir une filière café du Honduras, avec un leitmotiv : De la plante à ta maison. Avec une approche simple axée sur trois branches : une teinte, un état, un moment.

 

Des variétés endémiques du Honduras

Parainema : variété hybride de Sarchimor présente à proximité du lac Yojoa, résistante aux aléas climatiques et très appréciée pour sa richesse en sédiments

Ihcafé 90 : variété hybride de catimor 832/1 et caturra (enregistrée par l’Instituto Hondureño del Café) reconnaissable par ses arbustes de petite taille et présentant un bon rendement à faible altitude.

Lempira : variété hybride de timor 832/1 et caturra (enregistrée par l’Instituto Hondureño del Café) qui propose un haut potentiel de rendement dans les zones chaudes et lorsque le sol présente des caractéristiques d’acidité importante.

 

Photo : Crédit Café Quilate et Gourmet Cup