Jacques Chambrillon

«Un partenaire qui accompagne et soutient le fermier»  On connaît le café d’Ethiopie par sa réputation. Sans les populations qui le façonnent, rien n’est possible. Sourcer du café sur le terrain est un métier riche d’aventures et rencontres humaines. C’est ce que vit au quotidien le directeur de l’agence Belco, importateur installé à Addis-Abeba. En Ethiopie. Entretien pour mieux comprendre la complexité de sélectionner du café.

Coffee Lounge: En quoi consiste votre métier chez Belco ? Jacques Chambrillon: Notre rôle repose sur quatre métiers assurés par 5 personnes en tout : conclure les achats en café vert, c’est-à-dire sourcer les origines. Nous nous occupons également de négocier les contrats avec les producteurs et de gérer l’aspect contrôle qualité. A cela s’ajoute une activité de logisticien. Autre point important, nous accueillons aussi des clients torréfacteurs du monde entier pour visiter les plantations et rencontrer les producteurs. Coffee Lounge: Comment coordonne-t-on tout ce travail ? Jacques Chambrillon: Nous travaillons en lien avec le bureau de Belco, à Mérignac près de Bordeaux, qui nous donne les orientations notamment sur le contrôle qualité et ici nous appliquons. Quant à moi, je suis chargé de piloter tout l’opérationnel Coffee Lounge: En quoi consiste vraiment l’opérationnel de votre activité ? Jacques Chambrillon: Il s’agit de mettre en place un suivi le plus précis possible des contrats signés avec les producteurs. Cela inclut la documentation logistique en partie assurée par le siège. Sinon bien entendu, notre rôle est de faire beaucoup de terrain : visiter les fermes, aller à la rencontre des producteurs et en découvrir de nouveaux. Cela occupe 50% de mon temps. En gros, je consacre deux semaines par mois à aller dans les plantations. Sauf en période de pluie (Juillet-Aôut), lorsque les accès sont quasiment impossibles. Coffee Lounge: Pourquoi tout ce temps passé dans les fermes est-il si déterminant ? Jacques Chambrillon: C’est un principe d’anticipation. Par exemple en période de récolte, s’y rendre nous permet déjà d’avoir un oeil sur la qualité des cafés. C’est l’occasion de récupérer des échantillons et de les analyser ensuite à Addis-Abeba. Ils vont aussi nous servir de lot de référence pour savoir si la production qui va suivre est conforme à l’échantillon. Nous profitons aussi de ces visites pour vérifier si les accords que certains producteurs passent avec des torréfacteurs sont compris et bien respectés. L’idée est de pouvoir intervenir le plus rapidement possible en cas de problème : que ce soit sur la qualité ou le respect des délais…  Coffee Lounge: Comment vous y prenez-vous pour travailler avec de nouveaux producteurs ? Jacques Chambrillon: Nous avons une stratégie qui consiste à développer les régions où nous avons peu de contacts. D’ailleurs ces contacts peuvent se faire grâce au bouche-à-oreille : un producteur peut nous indiquer un autre fermier. De proche en proche, nous arrivons à créer notre maillage. Parfois, la demande peut émaner de nos clients torréfacteurs qui souhaitent que nous sourcions dans une région donnée, alors nous prospectons des producteurs qui peuvent répondre à cette demande. Enfin, nous consolidons notre présence là où nous avons déjà construit des liens.  Coffee Lounge: Et à partir de quel moment décidez-vous de vous engager avec un producteur ? Jacques Chambrillon: Nous regardons la ferme, les infrastructures, la qualité du café existant et puis nous discutons énormément. C’est là que nous prenons conscience de l’importance des rencontres dans le café. Nous évaluons la philosophie du producteur, son état d’esprit et sa motivation à fournir de la qualité. Le rituel est essentiel à la mise en place d’une relation de confiance et sur le long terme. Nous n’imposons rien. Notre rôle n’est pas celui d’un client, mais d’un partenaire qui accompagne et soutient le fermier dans ses projets. Cela peut être dans l’évolution des pratiques agricoles ou dans l’amélioration des infrastructures. En tous les cas, nous oeuvrons au quotidien pour valoriser les terroirs que nous sélectionnons. Et notamment par le respect d’éco-système qui s’appuie sur la production des cafés de forêt.
Belco et Jacques Chambrillon L’importateur de cafés verts français a installé une agence de sourcing directement sur le terrain en Ethiopie. Comme elle le fait dans certains autres pays producteurs. C’est le cas au Salvador, ainsi Belco peut rayonner en Amérique latine et être proche des producteurs. Pour Addis-Abeba, Jacques Chambrillon a été chargé de piloter l’agence de l’importateur. Avant cela, ce géographe de formation et spécialiste de la préservation des terroirs, avait fait une partie de ses études en Ethiopie. Cette expérience de terrain lui avait permis de découvrir l’univers du café.